Rencontres du 20e type

par Le Collectif Rebelyne

Pongo fit le tour de la poubelle, se laissant guider par un délicieux fumet que son puissant odorat venait de détecter. Il s'arrêta brusquement, surpris de se trouver nez à nez avec un curieux animal à quatre pattes. Enfin plutôt, nez à cul, car la bête s'extirpait de derrière la poubelle à reculons. D'une nature méfiante, Pongo recula prudemment, sans toutefois renoncer. L'odeur provenait bien de ce drôle de bâtard sans queue qui maintenant poussait des grognements bizarres.

Pongo le vit tout à coup… Un superbe os de gigot, faisandé à souhait, avec de magnifiques lambeaux de chair qui pendouillaient, encore vierges de tout croc ! Et il était accroché là, sur le flanc de cet espèce de clébard dégénéré à moitié sénile ! Pongo ne résista pas plus longtemps à la vue de ce met de roi. D'un mouvement vif, il attrapa l'os dans sa gueule et détala sans demander son reste… L'animal se redressa soudain sur ses deux pattes arrières et se mit vociférer des borborygmes en gesticulant comme un beau diable. Pongo disparut à fond de train au coin de la rue gardant en mémoire l'image troublante de ce démon...


Vers onze heures du matin, Pongo acheva son petit tour quotidien dans le centre commercial de la banlieue Est. Promenade digestive après son superbe festin ! L'idée même de cet os délicieux le fit à nouveau saliver. Mais repu et heureux comme un prince, il pensait maintenant à se trouver un coin confortable autant pour s'octroyer une petite sieste, que pour surveiller le passage des clients du centre commercial. En effet, à cette heure-là, la plupart des gens commençaient à acheter des sandwichs, casse-croûtes et autres repas sur le pouce. Et si l'un d'eux laissait tomber son frugal encas, lui, Pongo se jetait dessus avec la rapidité de l'éclair. Il était passé maître dans l'exercice de cet art. Il se posta donc face à la sandwitcherie, allongé discrètement entre le mur et un pilier qui le cachait à la vue des vigiles.

Son ventre plein gargouillait joyeusement et dans cet état second qui caractérise la béatitude, Pongo avait bien du mal à garder les yeux ouverts. Le sommeil le gagnait progressivement lorsque son flair le mit en garde. Une odeur qui ne lui était pas inconnue lui ouvrit un œil… Là, à quelques mètres de lui, l' ex-propriétaire de l'os se démenait devant un des gardiens du centre, tentant de lui faire comprendre quelque chose en pointant un doigt accusateur dans sa direction. D'abord surpris de réaliser que ce démon n'était qu'un homme, Pongo comprit le danger. Il se serra un peu plus derrière le pilier mais banda tous ses muscles, prêt à détaler. En face, le vigile commençait à s'énerver, ne comprenant rien aux grognements inintelligibles et aux débordements incompréhensibles du clochard de plus en plus excité. Des spectateurs se groupèrent bientôt autour d'eux, chacun cherchant à interpréter les gestes du pauvre homme.

Pongo qui était loin d'être un chien bête comprit enfin qu'il n'avait rien à craindre, mais décida tout de même de changer d'atmosphère.

Rencontres du 20e type

© Les éditions REBELYNE - 2006

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