Saint Joseph ne portait pas de bretelles.
Le fait est attesté par sa ceinture rapportée de Terre Sainte en 1252,
et qui depuis cette date est toujours abritée dans l’église Notre-Dame
de Joinville. C’est dans cette petite ville que Fulbert était venu se
reposer en quittant le laboratoire de Bure. Les vingt kilomètres séparant
les deux endroits correspondaient à la distance idéale qu’il pouvait
se permettre d’accomplir avec sa tronche en compote. Il trouva facilement
un hôtel convenable, très calme, de cette qualité de calme en plomb
que l’on trouve en Haute-Marne et qui lui permit de se ressourcer en
une seule nuit.
C’est en prenant son petit-déjeuner qu’il apprit la nouvelle. Le journal "La
Haute-Marne Libérée" faisait la une avec une nouvelle sensationnelle
: « Prolongement des travaux avenue du Général Leclerc ». Juste en dessous
d’une photo des travaux en cours, un autre titre éclatait sur quatre
colonnes :
« Le Front de Libération de la Bourgogne demande l’ouverture de négociations. »
L’article poursuivait : « Plusieurs rédactions de journaux ont reçu
un communiqué signé "Front de Libération de la Bourgogne",
qui menace de contaminer plusieurs sites sensibles avec des éléments
hautement radioactifs, si des négociations pour l’autonomie de la Bourgogne
n’étaient pas rapidement engagées. Le Ministre de l’Intérieur, interrogé
hier sur ce sujet lors de la présentation à la presse des conclusions
de la phase expérimentale de la recommandation du comité interministériel
à la sécurité routière (voir notre article page 4), a indiqué qu’il
ne pouvait s’agir que d’un canular, que le Front de Libération de la
Bourgogne n’existait pas, que tout ce qui concernait la radioactivité
était sous un contrôle exemplaire et qu’aucun groupe terroriste n’était
en mesure de faire chanter le gouvernement. »
Le sang de Fulbert se figea. Ainsi, contrairement à ce que pensait Von
Mac Klubeinstein et conformément à ce que lui avait dit le professeur
Larnaque, il y avait tout lieu de penser qu’un tel groupe existe. Si
ce groupe terroriste évoquait l’usage d’éléments hautement radioactifs
c’est qu’il savait ce qui s’était passé à Bure, donc qu’il pouvait en
être l’auteur ou connaître l’auteur. Il tira son téléphone de sa veste
et composa le numéro du professeur Larnaque.