Luxerratum
par Patrick GODARD
Mon jeune ami, mon fils, gardez cette habitude de laisser vos sens se soumettre aux sensations que procure la magie des lieux où vous vous trouvez… » Ouais, eh ben en ces instants les sensations s'apparentaient plus à du désarroi qu'à de l'émoi. J'avais plus envie de foutre le feu à cette satanée forêt que de faire un pique-nique. « … Vous me semblez peu emballé par la perspective de continuer votre chemin, continua-t-il, mais même s'il semble hostile, il n'en est pas moins gardien des secrets de la terre. Laissez-moi guider vos pas et n'ayez pas peur de ce monde inconnu tapi derrière cette purée de pois, il est salvateur. Si tout se passe bien, au retour, il vous permettra de savourer ce nouveau regard que ce sentier quelque peu initiatique vous ouvrira. Tenez, prenez donc la peine de poser une main sur l'écorce de ce vieil arbre, de la tâter, de la caresser. Parfait ! Maintenant mémorisez les diverses impressions que vous en avez retirées, faites en un paquet et je vous promets qu'au retour, vous aurez le droit d'en découvrir le contenu. Il faut que je vous avoue une chose mon enfant, mais avant il faut que vous sachiez que la connaissance appartient au monde dans sa globalité, que le contrôle de cette connaissance n'est le don que d'un seul être par époque, c'est pourquoi je vous nomme : Élu… » J'allais défaillir, voulait-il dire que j'étais le nouveau messie ! ? Je n'étais pas prêt ! Il y avait de quoi se poser des putains de questions dans le style : qu'allaient me faire endurer les salopards qui collèrent une couronne d'épines sur la tête de mon prédécesseur ? Qu'allaient-t-ils me faire porter en guise de croix ? Un tube de néon géant ? Moi l'adorateur de la lumière ! « Père, vous êtes sûr ? » Coassai-je bêtement. Il éluda ma question, sans doute n'y avait-il tout simplement rien à répondre. Il remit une couche sur la lumière : « J'ose croire que mes propos sur la lumière vous auront laissé quelques traces, car je souhaite soulever un voile sur le rapport qui existe entre nous, êtres vivants et cette fameuse lumière. Nous soutenions, nous terriens d'un autre temps, que l'univers baignait dans cet esprit de vie où chaque atome en possède une partie mais fait corps avec tous les autres. » Nous progressions difficilement sur un petit sentier qui serpentait entre les diverses essences variées. Combinées à l'excès d'adrénaline due à ma légitime frayeur, les fragrances de ces essences composaient un cocktail explosif. J'errai dans un tunnel kaléidoscopique avec la seule volonté de ne pas perdre l'indécise silhouette de mon guide. Perdu dans ces émanations initiatiques je perçus l'organe distordu de l'ancêtre : « Prenez garde de ne pas trébucher sur ces racines. - Quelles racines ? le coupai-je. Où est la voiture d ‘abord ? Je ne vois plus la voiture ! - Ne vous inquiétez pas, nous la retrouverons plus tard. Regardez plutôt devant vous. Voyez ces racines qui menacent de vous faire chuter, elles ne cherchent que le chemin qui les conduira vers une assise solide et riche en éléments nutritifs… » Il déterra une fougère et me colla la motte de terre sous le nez. « …Remarquez comme ces rhizomes partent en diverses directions, sans aucune orientation, ni aucune idée du chemin qu'il va leur falloir parcourir pour trouver l'Eldorado ! Voyez-vous… Fils, Ce qui pose problème à nos « dirigeants » c'est de comprendre l'individu dans son unicité, alors que finalement tout être a ce souffle de vie en commun. Et revoilà le photon ! Libre dans son parcours, il peut être capturé par des chimies extraordinairement simples, comme l'eau et le carbone. Ce qui nous autorise à croire en un corps unique, mais aussi et surtout cela nous pousse à admettre que non seulement l'homme, mais la création dans sa globalité, recèlent de cette vie. Pour vous livrer ma pensée profonde tout en suivant les lois de la vie, j'imagine que ce photon a horreur de se retrouver dans une incarnation. Ainsi, lorsque je vous vois batailler dans ce roncier, je suis à même de le comprendre… » |
Luxerratum
© Les éditions REBELYNE - 2005
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