À quelques mètres d’un immeuble HLM, trois gosses frappent dans un
ballon sur un lopin de terre desséchée. Ils cherchent à marquer des buts
entre deux arbres morts en poussant des cris sauvages.
Le vieux break marron se gare sur le parking juste devant le bloc 3.
L’inspecteur descend et claque la portière en jetant un œil curieux sur
les alentours.
De l’autre côté de la route, deux mères de famille discutent en surveillant
négligemment leur progéniture agenouillée dans un bac à sable plein de
crottes de chiens. Michael regarde les marmots d’un air dégoûté et grimace
en se dirigeant vers le bloc.
Il s’apprête à grimper les cinq marches qui le séparent de l’entrée lorsque
la porte métallique de l’immeuble s’ouvre en grinçant sur un petit groupe
d’adolescents jactant et riant bruyamment. Surpris par la présence d’un
inconnu, ils s’arrêtent et se taisent en le dévisageant d’un œil méfiant.
– Salut… dit amicalement Michael en leur souriant.
Aucun ne daigne répondre. Ils se consultent du regard et reprennent leur
chemin en l’ignorant résolument.
L’inspecteur les laisse descendre. Comme le dernier de la bande passe
devant lui, il l’attrape doucement mais fermement par le bras.
– Quoi ? aboie le jeune, surpris et inquiet.
Le groupe stoppe une deuxième fois, en bas des escaliers. Un silence
lourd tombe tout à coup. Après un bref instant de stupéfaction, le jeune
garçon, un petit brun aux cheveux frisés et au nez retroussé, se dégage
d’un geste brusque. Sentant tous les regards posés sur lui, il se redresse
et toise, méprisant, l’homme qui ose ainsi le retenir.
– Quoi ? Quoi ? répète-t-il d’un ton plus assuré… Qu’est-ce qu’y a ?
– Rinski… Jim Rinski… Tu connais ? demande gentiment Michael, l’air dégagé.
– Pourquoi ? T’es flic ? le provoque le jeune avec un regard insolent.
Frimant devant ses copains curieux et admiratifs, il se dandine comme
un petit coq.
– Eh bien oui… Je crois bien que je suis flic… lâche sourdement l’inspecteur.
Il foudroie l’adolescent d’un regard sévère. Et ne lui laissant pas le
temps de trouver un soutien auprès de ses camarades tout aussi surpris
que lui, il le saisit à l’épaule.
– Et je crois même que si tu continues comme ça… c’est au poste que tu
répondras…
Le ton autoritaire et menaçant du policier porte ses fruits : l’adolescent,
intimidé et bien moins fier, se met à bredouiller quelques excuses en
lançant des regards de détresse à ses copains.
– J’plaisante, m’sieur… Rinski..? J’ connais pas… C’est pas mon bloc…
Moi, c’est le 6, mon bloc… J’vous jure… J’connais pas…
– Il a raison… intervient un des jeunes en se rapprochant de l’inspecteur…
Moi, j’habite là… explique-t-il d’un ton conciliant… Rinski… j’l’ai déjà
vu… Mais ça fait à peine six mois que je vis ici… Alors, moi non plus,
j’sais pas grand-chose sur lui !
– Il vit seul ? demande Michael d’un ton radouci.
Il lâche le garçon au nez retroussé et fixe maintenant l’adolescent qui
lui parle, un grand brun à l’air franc et intelligent, visiblement le
chef de la bande.
– Ouais… Au troisième, à gauche… De temps en temps, y a une meuf qui
l’accompagne… Une p’tite blonde… cheveux longs, mignonne, pas mal gaulée…
Tu vois l’genre… de celles qu’on aimerait tirer… lui envoie le jeune
garçon avec un sourire et un regard insolent.
– Je vois… acquiesce l’inspecteur d’un ton coulant.
– Bon, ça y est ? s’impatiente un des gamins.
– Ouais… rétorque Michael sur le même ton… ça y est…
Il leur lance un clin d’œil malicieux avant de leur tourner le dos. Puis
il les plante là, sans un mot, pénétrant rapidement dans l’immeuble,
sous leurs yeux encore stupéfaits.
– Il est pas net, celui-là ! s’exclame le petit frisé au nez retroussé.
– Laisse béton… ordonne le chef de la bande en regardant la porte du
bloc se refermer… C’est un juste flic !