L’horloge du quai principal indique
onze heures trente lorsque le train entre en gare. Après un long et
bruyant freinage, il stoppe enfin et les portes automatiques s’ouvrent
aussitôt en grinçant, libérant une nuée de gens pressés. Un dernier
passager apparaît dans l’encadrement de la porte, un jeune homme, musclé,
à l’allure charismatique, qui porte un gros sac de voyage sur l’épaule.
Son air calme et détaché contraste avec le stress des autres voyageurs
et il reste un instant immobile, semblant attendre que cette foule excitée
s’éloigne.
Des cheveux courts brun foncé encadrent un beau visage aimable aux traits
fins et aux contours parfaits avec un nez droit. Un petit grain de beauté
sous le coin de l’œil gauche en haut de la pommette rehausse ce portrait
d’une charmante petite touche exotique. Le jean serré galbant des cuisses
musclées et le maillot blanc à manches longues moulant parfaitement
son torse viril laissent deviner un superbe corps d’athlète.
Le grand gaillard bronzé d’environ un mètre quatre-vingt-douze, aux
larges épaules et à la taille fine, descend avec nonchalance les quelques
marches le séparant du quai. Il porte toutefois un regard contrarié
sur la pendule puis sur sa montre. Presque aussitôt, il fronce légèrement
ses épais sourcils surmontant de grands yeux marron, et plisse son large
front volontaire en remarquant, mal caché derrière un panneau indicateur,
un individu râblé, très brun de peau, avec une tête de bull dog : « Orthros
! murmure le jeune homme d’un ton ironique. »
Il sourit et détourne les yeux, évitant ainsi de montrer à son observateur
si peu discret qu’il l’a déjà repéré. Enfin, d’un pas rapide, il quitte
le quai maintenant presque désert et pénètre dans la gare. Là encore,
il s’arrête brusquement et scrute l’immense hall où règne une certaine
agitation bien que la plupart des voyageurs soient partis se restaurer.
Son regard s’attarde sur le fond du bâtiment et son visage s’éclaire
d’un petit sourire de satisfaction à la vue des cabines téléphoniques.
Sans se soucier du pisteur accroché à ses basques, il s’approche de
l’une d’elles et laisse tomber son sac. Affichant une certaine indifférence,
il s’adosse à l’encadrement de la seule cabine en usage, l’autre affichant
un panneau “hors service” sur la vitre de sa porte coulissante.
Il n’attend pas longtemps, la sonnerie du téléphone retentit alors qu’il
jette un nouveau coup d’œil à sa montre. Le voyageur s’empresse d’ouvrir
et d’entrer dans la cabine où il s’empare immédiatement du combiné.
Reconnaissant la voix masculine à l’autre bout du fil, il sourit et
referme la porte avec un regard pétillant de malice.
« Ici Foudre 2Z2. Code retour..? demande son interlocuteur.
— Lumière 3A4..! répond le jeune homme tout de suite excédé par tant
de prudence.
— Paul..? C’est toi..?
— Non, c’est Pan qui te joue de la flûte..! Bien sûr que c’est moi,
Nestor..! Donne moi des nouvelles, au lieu de jouer à l’agent secret
!
— Bon, c’est bien..! soupire la voix rassurée avant de continuer… D’après
les derniers renseignements, notre Homme est déjà en ville..! Seulement,
on ne sait pas où !
— Ça ne me donne pas beaucoup de d’indices… raille le beau brun.
— Tu dois essayer de le localiser… et peut-être même intervenir plus
tôt que prévu !
— Ah oui..! Alors je ne sais pas où je dois aller, qui je dois protéger
ni pourquoi… Mais eux, ils sont déjà sur mes talons..! Je te signale
qu’Orthros m’attendait à la sortie du train et qu’il me suit pas à pas..!
Il y a quelque chose qui cloche ou quoi..? Nos services de renseignements
ne sont plus ce qu’ils étaient..! Où sont donc les prophètes d’antan..?
murmure Paul d’un ton suspicieux... Je finirai par penser qu’il y a
des fuites !
— Calme-toi..! Tout ce que je sais c’est qu’il vise un gosse… Et d’après
le peu que j’en ai compris, c’est pas n’importe quel enfant… Je crois
que j’aurai plus de détails dans quelques temps, dès que Mopsos m’aura
contacté..! Méfie-toi des chiens de garde… Si tu en as aperçu un, l’autre
est certainement dans les parages… Et ils ne sont jamais loin de leur
maître..! De bons toutous !
— Oui, je sais..! répond Paul blasé, en jetant un œil à l’extérieur…
D’ici, je vois Orthros..! Il me guette, caché derrière un pilier..!
Il est aussi discret qu’un éléphant ! soupire-t-il… Au fait, tu as l’adresse
que je cherche..? Tu sais, celle que je t’ai demandée ?
— Ah oui, ton amie d’enfance..! Et ça te prend comme ça, subitement
? Tu veux la revoir ? s’étonne le dénommé Nestor.
— Quand on peut joindre l’utile à l’agréable, cher équipier, il ne faut
pas s’en priver..! rétorque très sérieusement le jeune homme.
— Ah… Oui, Bon..! Tu as de quoi noter..? demande son correspondant refroidi
par le franc parler de son interlocuteur.
— Pas besoin, vas-y je t’écoute !
— Rue des Iris, au numéro 4, l’appartement, le seul occupé pour le moment,
est au deuxième étage d’un vieil immeuble en rénovation. D’après ce
que j’ai vu, elle habite et travaille là.
— Bon, c’est tout..? Pas d’autres renseignements..?
— Non, mais tu trouveras un complément d’informations à l’intérieur
de la mallette planquée dans la cabine voisine..! Ton micro-ordinateur
te fournira tout ça..! explique Nestor… Et ton rendez-vous est pris..!
Bon, nouveau contact dans vingt-quatre heures… Sauf imprévu…
— OK, salut et merci, Nestor ! »